La théorie des ÉCLUSES.
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Je préfère vous prévenir,
Je suis d’une humeur massacrante.
Outre le fait d’avoir été malade comme un chien les 4 premiers jours de ma semaine de télétravail en Italie, incident sur lequel je ne peux m’en prendre qu’à moi-même puisque c’est évidemment mon corps qui décompresse.
Je viens surtout d’apprendre que mon pote Victor - mon dernier refuge d’espoir dans ce monde où je n’arrive pas à savoir si les humains sont trop malheureux pour faire preuve de courage ou s’ils manquent trop de courage pour mériter le droit d’être heureux - venait de réserver ses billets d’avion pour « faire un Trail à la Réunion »
Et que sa famille allait venir avec lui pour l’encourager parce que c’est un événement sympa à faire en famille.
Alors on va aller expliquer aux Italiens qui parlent fort dans mon train de retour que nous venons d’arriver à Modane, ce qui signifie que nous avons passé la frontière et qu’ils vont maintenant regarder leurs vidéos avec des écouteurs et non pas en stéréo dans la voiture 15. Et ensuite on parlera de Victor.
Mais comme chaque semaine.
Avant la dissertation.
Petit rappel.
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Si vous débarquez dans cette Newsletter, notez deux choses :
1/ Elle est rédigée par les équipes de TrustSociety. Un media-boutique de sensibilisation et d’éveil écologique avec d’un côté un Média et de l’autre des boutiques de shampoing solide (Rennes, Paris et Levallois). Avec pour particularité que le média est financé par nos boutiques.
2/ Elle est rédigée en considérant qu’elle s’adresse à des « personnes ». Ce qui explique les accords féminin pluriel dans l’écriture, que personne ne se sente vexée. Pas besoin d’en dire plus pour le moment.
Alors maintenant.
Pour celles et ceux qui s’ennuient le mercredi.
La version longue.
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Imaginez que demain, votre meilleure amie vous dise « j’ai un super plan pour arriver à l’heure à ma réunion de 8h, je vais partir à 8h05 et ensuite… »
Votre meilleure amie pourra utiliser tous les mots du dictionnaire à sa disposition pour tenter de finir de cette phrase, il lui sera physiquement impossible d’arriver à l’heure à la réunion de 8h en partant à 8h05. Et le raisonnement s’applique à la « Newsletter du mercredi 14h » de TrustSociety quand on commence à l’écrire le mercredi à 15h.
Alors l’écologie est rarement quantifiable avec des raisonnements aussi binaires à la sauce « je pars à 10h, j’ai 10 minutes de marche, j’arriverai donc à 10h10. »
Les équilibres sur lesquels repose la biodiversité, les petites graines qui deviennent des grands arbres quand les humains ne décident pas de les raser pour en faire des parkings ou votre corps qui sait cicatriser tout seul quand vous vous coupez avec l’épluche légume… Ce sont des phénomènes beaucoup plus complexes qu’on ne le pense.
D’ailleurs, je ne pense pas que les humains arriveront un jour à « modéliser la biodiversité ». Chose qu’ils ont beaucoup de mal à accepter puisque cela implique que la solution à nos problèmes ne sera jamais sur un Powerpoint mais dans une démarche d’humilité consistant à accepter de se mettre en retrait et laisser faire la nature.
Le dérèglement climatique en revanche,
C’est un problème assez simple à modéliser.
On pourrait le formaliser par :
Plus on émet de CO2, plus il fait chaud.
Voilà,
Gardez ceci en tête.
Et avant de faire une action stratégiquement questionnable consistant à me mettre à dos toutes les personnes qui prennent encore l’avion, place à la revue d’actualité des 168 dernières heures sur la planète où tout allait très bien avant l’arrivée des humains, de Powerpoint et surtout des personnes qui font subir leurs états d’âme aux autres personnes qui n’ont rien demandé quand elles ont des états d’âme.
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(1) C’est prouvé, il y a bien une corrélation entre l’utilisation de pesticides et la disparition des oiseaux. Une étude d’une ampleur inédite « démontre une forte corrélation entre l’usage d’insecticides et le déclin de l’un des plus importants groupes d’oiseaux dans l’Hexagone ». Et ce qui est particulièrement intéressant est de constater que les groupes importants d’oiseaux en question sont ceux qui se nourrissent d’insectes visés par les pesticides. Donc si nous mangeons des fruits et légumes recouverts de pesticides est-ce… Ne creusons pas les sujets qui fâchent les personnes déjà fâchées. Source (Vert Le Média)
(2) Les plages tout aussi polluées que nos aliments ? Pour la 3e année consécutive, l’association Eau et rivières de Bretagne publie sa carte désormais tristement célèbre, avec le fameux baromètre pour toutes les plages de France : baignade sans risque, peu risquée, déconseillée ou à éviter. En cause notamment, les bactéries rejetées par les zones d’élevage à proximité de la plage qui rendent la baignade dangereuse. Donc on arrête de manger les fruits et légumes touchés par les pesticides et on arrête aussi de se baigner. Petit aperçu de la carte ci-après. Source (Eau et Rivières de Bretagne)
(3) La déforestation en Amazonie est en baisse pour la 3e année consécutive. Les chiffres viennent de tomber, la déforestation en Amazonie a baissé de 36% en 2025 par rapport à 2024 et tombe à un nouveau point bas depuis 2018. La porte-parole de Greenpeace au Brésil nous informe que c’est notamment dû à l’action de la Ministre de l’Environnement Marina Silva, elle-même originaire de la région, de retour aux affaires depuis l’élection de Lula en 2023. La preuve que si nous aurons du mal à modéliser la biodiversité, on peut toujours essayer d’agir en la laissant tranquille. Source (Inside Climate News)
(4) Le Conseil des Ministres vient de valider l’article 7 du nouveau projet de loi qui va placer l’Ademe sous l’autorité des Préfets. Perte d’indépendance, perte de budget. Le tout en entretenant volontairement une immense confusion entre ses frais de fonctionnement (135 millions) et son budget (4 milliards). Je ne pense pas être dans un état suffisamment stable émotionnellement pour commenter sans qu’il n’y ait un risque avéré de dérapage politique sur la région Sud de cette Newsletter. Alors passons. Source (Vert le Média)
Voilà pour la revue d’actualité. Vous pouvez retourner dans votre hibernation digitale jusqu’à mercredi prochain si vous le souhaitez. Et pour les autres, c’est parti pour la grande réflexion du jour.
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Pour offrir aux générations futures un monde similaire au nôtre en matière de stabilité climatique : avec le système des saisons, les bonhommes de neige en hiver et des températures supportables l’été - le calcul est très simple.
Il faut simplement que les humains arrivent à vivre en émettant moins de 2 tonnes de CO2 par an.
En dessous de ce seuil, la nature arrive à absorber ce que nous émettons et l’atmosphère ne se sur-concentre pas en CO2 au fur et à mesure que les années passent.
Au-dessus de ce seuil, la concentration en CO2 dans l’atmosphère qui se mesure en « PPM » (Parts per Million) - soit le nombre de particules de CO2 par million de particules d’atmosphère - augmente d’année en année.
Et après c’est un peu comme une voiture en plein soleil, plus les vitres sont fermées, moins l’air chaud peut s’évacuer et plus il fait chaud dans la voiture. De la même manière plus il y a de CO2 dans l’atmosphère, moins la chaleur du Soleil peut s’évacuer et plus il fait chaud sur Terre.
Alors revenons à nos avions.
Puisque tout tient en un paragraphe :
« Pour stabiliser le climat il faut viser 2 tonnes de CO2 par personne par an, et sachant que 4000 kilomètres en avion représentent environ 2 tonnes de CO2 on ne peut pas arriver à l’heure au rendez-vous de 8h en partant à 8h05 et on ne peut pas mettre sur un pied d’égalité le fait d’avoir laissé le robinet ouvert en se brossant les dents et emmener toute la famille à la Réunion pour faire un Trail parce qu’on a pas eu sa place pour l’UTMB. »
Budget carbone annuel cible.
= 2 tonnes de CO2
4000km en avion
= 2 tonnes de CO2
Et que personne ne vienne me dire que c’est complexe. Quand faut économiser 12 centimes sur sa déclaration d’impôt, y a du monde pour les comprendre les mécanismes complexes.
Ah je vous avais prévenues.
Je suis d’humeur massacrante.
Alors maintenant passons au cœur du message ou du moins essayons de communiquer de façon constructive. Vous savez quand vous reprochez à une personne de faire telle ou telle chose. Et que cette personne vous répond :
« Je fais au mieux, il vaut mieux 8 milliards d’écolos imparfaites que 100 écolos parfaites. »
Selon moi,
Pour bien répondre,
C’est juste une question de conjugaison.
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Quand on m’avance l’argument de l’écolo imparfaite pour justifier tel ou tel écart, je demande toujours à la personne en face de moi de conjuguer l’écart en question, en essayant de prendre le ton le moins professoral possible pour éviter de perdre mon audience avant même d’avoir débuté ma démonstration ce qui arrive malgré moi dans 99% des cas, puisque j’ai un ton professoral insupportable dans 100% des cas et que c’est donc toujours 100% ma faute :
Dis-moi quel est ton écart.
Et conjugue-le.
« Parfois je prends un bain au lieu d’une douche, parfois tu prends un bain au lieu d’une douche, parfois elle prend un bain au lieu d’une douche, parfois nous prenons un bain au lieu d’une douche … »
Bon, le bain au lieu de la douche,
Appliqué à 8 milliards de personnes,
L’humanité va survivre.
Et ça n’arrangera pas mon humeur fracassante d’admettre ce qui va suivre mais le raisonnement fonctionne aussi si vous craquez sur une tranche de saucisson de temps en temps. C’est d’ailleurs la limite de la vision de l’écologie sous le prisme « CO2 » sans prendre en compte le bien-être animal par exemple.
Dans la plupart des cas,
Un petit écart ne fait pas de grande différence.
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Alors maintenant reprenons la conjugaison.
Mais avec un exemple différent.
« Une fois par an je prends un vol long-courrier, une fois par an tu prends un vol long-courrier, une fois par an elle prend un vol long-courrier, une fois par an nous prenons un vol long-courrier… »
Si nous sommes 8 milliards à prendre une fois par an un vol long-courrier, on serait automatiquement sur un scénario d’atterrissage à +3°C de réchauffement climatique. Et encore c’est à supposer que nous vivions comme des moines le reste de l’année.
Et donc je suis d’humeur fracassante parce que la question de prendre l’avion ou non ne devrait pas être débattue sur un pied d’égalité avec tous les autres écarts.
Et pour éviter de rentrer dans ce qu’on appelle la pureté militante où l’on nous fait un procès pour avoir bu une fois dans une bouteille en plastique, la question c’est toujours de se demander :
« Que se passerait-il si les 8 milliards d’autres êtres humains qui peuplent cette planète sont des personnes imparfaites comme moi je suis une personne imparfaite ? »
Et on voit bien que si votre petit plaisir coupable c’est de regarder une fois par semaine une vidéo Youtube « d’Esprit Dog » en 4K dans un bain chauffé à 38°C en ayant laissé allumées toutes les lumières à la maison : a priori vous ne serez pas responsable de la fonte de la banquise.
Voilà,
Le problème avec les éditions de cette Newsletter rédigées dans l’urgence, c’est que je ne peux pas laisser infuser une semaine et adoucir certains passages avant d’envoyer. Mais n’étant pas un chirurgien en train de faire une opération à cœur ouvert je pense que je vais envoyer l’édition telle quelle en appliquant la théorie des écluses très chère à mon père :
« Quand tu ne sais pas comment ton message sera accueilli, applique le principe des écluses. Tu ouvres ton écluse personnelle pour laisser ton opinion couler dans la rivière. Dis ce que tu penses le plus sincèrement possible en acceptant que cela ne constituera pas la vérité absolue. Et si certaines personnes veulent ouvrir leurs écluses personnelles pour réagir, réagissez ensembles dans la rivière. Et si d’autres personnes veulent au contraire garder leurs écluses fermées. Ne les force pas à les ouvrir pour rentrer dans le débat avec toi. »
« D’accord Papa. »
Bon,
Mon intuition me dit que c’est le moment d’éviter de trop crier sur tous les toits que cette Newsletter est sponsorisée par TrustSociety, afin d’éviter que les personnes qui ont déjà prévu leurs cartes d’embarquement pour cet été ne développent trop d’animosité à mon égard et n’appliquent des mesures coercitives de riposte consistant à arrêter de faire leurs courses de shampoing solide chez nous pour arrêter de financer cette Newsletter qui ouvre trop souvent ses écluses. Ce qui entre nous, serait de bonne guerre. Alors je vais me faire tout petit jusqu’à l’arrivée à Paris. Fermer mon ordinateur et envoyer cette Newsletter qui n’a absolument rien à voir avec TrustSociety. En plus ce serait vraiment bizarre une entreprise française qui vend des produits de soins français mais choisit de prendre un nom anglais imprononçable.
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Voilà.
C’est fini pour aujourd’hui.
C’était un immense honneur.
D’être le porte-parole de TrustSociety.
Et d’avoir votre attention aujourd’hui.
Bises à toutes et tous.
Et prenez soin de vous.
Pablo & co
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PS : Plus sérieusement. Tout ce qui est écrit ci-dessus est bien entendu à prendre sous le prisme de la roue des privilèges, concept que nous expliquions déjà il y a quelques mois juste ici. En quelques mots, cela veut dire que « Pablo qui a déjà bien pris l’avion dans sa vie, habite en France dans un pays où l’on n’a pas besoin de prendre l’avion pour fuir la guerre et vient d’être malade pendant 5 jours, critique l’avion » Je parle avec mon expérience de vie personnelle et j’aimerais bien que mes proches qui sont plus ou moins dans ma situation aient la réservation sur Air France un peu moins systématique. Mais à l’inverse, si je pense à Mathilde dans nos équipes qui n’a jamais pris l’avion dans sa vie, si Mathilde venait à prendre l’avion demain pour passer le week-end à Tahiti. Et bien qu’elle prenne l’avion pour passer le week-end à Tahiti. Bon après pas certain que ça fasse beaucoup de temps sur place et on risque de rentrer dans un scénario « je pars à 8h05 pour arriver à 8h » mais vous aurez compris que l’édition du jour part comme elle part. Ou du moins en m’assurant qu’elle respecte les 5 valeurs cardinales que j’ai en tête quand je vous écris le mercredi. 5 valeurs qui sont selon moi essentielles pour que les humains s’organisent et créent ensemble un monde plus durable demain : Expertise, Fraîcheur, Simplicité, Authenticité, Douceur. Il est moralement important (a) de se former et de comprendre les enjeux, (b) de se rappeler que dans 300 millions d’années la Terre sera absorbée par le Soleil et qu’il n’y a pas de raison d’être d’humeur massacrante, (c) que le plus difficile quand on cherche à expliquer ses prises de position c’est de faire simple, (d) qu’on est en sécurité dans la sincérité ce qui ne signifie pas que l’on se fait que des amies en étant sincère mais qu’on fluidifie les relations humains et (e) qu’une prise de position radicale peut être exprimée avec douceur. Et en ce qui concerne la douceur, pour reboucler avec la roue des privilèges, n’étant pas sujet aux discriminations en tous genres dans mon quotidien j’estime que la douceur est un paramètre important mais si vous avez envie d’être en colère vous avez le droit de l’être. Là. Vous l’avez vu ? C’était là. Le ton professoral insupportable. Il était précisément dans la phrase précédente. « Papa ? Oui ? Je crois que les écluses ne vont pas me sauver là. Je fais comment pour conclure ? Maintenant que t’as dit ce que t’avais à dire tu refermes ton écluse et tu conclus. »
PPS : En fait toute ma pensée se résume par une phrase dans le film Indian Palace - film que j’adore et que je vous recommande chaudement alors même que l’histoire commence avec 10 occidentaux dans un aéroport prêtes à s’envoyer un Londres - Bombay et c’est certainement l’univers qui me dit d’arrêter d’être d’humeur fracassante parce que ça n’aura jamais rien apporté dans la vie d’être d’humeur fracassante - où l’un des personnages principaux dit « J’ai commencé à vivre quand j’ai pris conscience que la vie n’était pas un droit mais un privilège ». Si on considère que la vie nous doit quelque chose, on passe son temps à lui exiger des choses. Comme des vacances au Soleil en février. Si on considère que nous devons des choses à la vie, qu’on lui est redevable… ON NE PREND PAS L’AVION POUR FAIRE UN TRAIL DE 3 JOURS À LA RÉUNION ET…
PPPS : C’est pas sympa pour Victor. En plus Victor c’est un ami particulier parce qu’il fait partie des amis qu’on choisit. Mais si vous savez dans la vie il y a les amis qu’on garde parce que la prof d’arts plastiques nous a mis à côté au CE2. C’est les amitiés émotionnelles. Et puis après il y a les amis qu’on choisit. Un peu plus tard en général du moins passé 18 ans. Parce qu’on partage leurs valeurs de vie. Et Victor fait partie de la deuxième catégorie. MÊME SI T’AURAIS PU FAIRE LE GR10 ET… D’accord. Fermeture de l’écluse. Et juste une question. Vous êtes encore là ?
PPPPS : Voilà c’est fini pour aujourd’hui. Si vous avez lu jusqu’au bout. Encore une fois merci beaucoup. C’est beaucoup grâce à vous. 😘😘









Mais j’adore, vraiment. Ça fait du bien de ne pas se sentir seule parfois ! Et d’avoir toutes ces métaphores, ces données comme outil pour argumenter encore et encore.
Et en parlant de conjugaison, quand je dis j’adore, c’est sauf la partie « la preuve que si nous aurons. »
Merci encore :)